Conservatisme et progressisme

Raisonnons toutes choses morales égales par ailleurs.

Le conservatisme: littéralement la jonction entre la croyance qu’un état antérieur connu est par essence meilleur qu’un état inconnu à venir et l‘action pour maintenir l’état antérieur comme un état présent, coûte que coûte, à tout jamais.

Le progressisme: littéralement, la conjugaison entre l’hypothèse qu’il est possible de faire advenir un état meilleur que l’état présent et l’état antérieur, la réflexion pour trouver les structures fondamentales d’un état futur et hypothétiquement meilleur et l’action de substituer cet état nouveau à l’état ancien.

Ici, le prélude à l’action est l’incertain, la condition de l’action est le jugement juste, la mesure de l’action est l’expérience d’un futur effectivement meilleur. Là, le prélude à l’action est la certitude, érigée en foi, que la conservation du passé est nécessaire au nom de celle de la société, que l’histoire n’est qu’une longue dégradation, depuis une structure optimale à un chaos sans règle.

Le conservatisme est donc une contradiction puisque son analyse mène à une aporie. En lui, l’idéal – ou l’essence, ou le bien – est associé à un état d’être, par définition non durable, par définition passager. L’universel y est donc toujours réduit au particulier, et il n’y a rien de plus particulier, et insignifiant, qu’un ordre social donné, à un moment donné.

Le progressisme : demain sera peut-être meilleur. Il est possible qu’il le soit parce qu’aujourd’hui n’est pas encore le bien, aujourd’hui est un état transitoire vers le meilleur, si on en fait l’effort, si on crée les bonnes conditions. Demain, peut-être, le très lointain demain, pourrait  tendre vers ce qu’on conçoit comme le bien absolu. Le progressisme ne pré-définit pas une structure particulière du bien, il dit juste qu’il faut tendre vers lui, et que le mouvement historique semble plutôt aller dans ce sens que dans l’autre.

C’est ainsi que le conservatisme est faux par nature, en ce qu’il érige le transitoire en essence et, surtout, en ce qu’il demande d’y croire.

Sa puissance y réside – la foi en un faux universel incarné dans une réalité palpable est plus rassurante que le doute sur un mouvement vers une fin dont on ne qu’espérer qu’elle soit bonne.

Le progressisme est donc fondamentalement fragile: il ne fait que dire qu’on peut tendre vers le bien, sans lui donner de traits humains, politiques, sociaux.

Il est dur de prendre les armes pour une simple possibilité.

2 Comments

  • franckRC wrote:

    Sur le plan théorique la démonstration se tient mais se heurte au réel, il me semble, Diana.
    En filigrane de votre texte, je lis une critique du fonctionnement de notre société occidentale, et plus précisément d’événements récents en France. Si c’est la cas, c’est juste.
    Il ne faut toutefois pas occulter que nombre de travaux ethnologiques montrent que des sociétés traditionnelles bannissent les innovations matérielles ou sociales. La tradition apporte dans ce cas une stabilité sociale au groupe qu’une légère inflexion pourrait compromettre…
    Il vous faudrait éclairer ce que traduit l’épithète « meilleur » en parlant du futur, et « le bien » vers lequel il faudrait tendre. Qui définit le meilleur, le bien ? Pour qui ? Quel est son contenu pratique ? L’Histoire montre malheureusement que bien souvent la recherche du bien absolu (l’Homme idéalisé) engendre la mal absolu (stigmatisation des hommes qui ne répondent pas à cet idéal) : les révolutions et idéologies passées en sont la démonstration.

  • Laurent M wrote:

    La notion de progrès est empreinte de subjectivité.

    Comme dit l’adage, “le bonheur des uns fait aussi le malheur des autres”. Ainsi, ce qui pourrai constituer un progrès pour certain (évolution correspondant généralement à des intérets matériels ou psychologiques) s’apparentera nécéssairement à du conservatisme pour d’autre et vis versa.

    Un progrès pouvant d’ailleurs se muer au fil du temp en concervatisme Ce dont la “gauche française” et la montée en puissance de l’idéologie édoniste sécuritaire post 68 dans notre pays est la parfaite illustration.

    La critique de la tradition est juste, mais la encore, de quelle tradition cause t’on? et d’ailleurs, parle t’on vraiment de tradition? Certaine traditions incorporent justement une fonction évolutive (allant tout simplement vers une recherche du meilleure), d’autres ont simplement été générée en réponse aux transformation de la nature (changement saisonnier ou résultant de cycle solaire ou volcaniques). Si certaine sont monolithiques, celles là font preuve d’une extraordinaire souplesse et de grandes capacités de résiliance (on peut le constater par exemple dans certaine architecture vernaculaire destinées à permettre une adaptation à l’été comme à l’hiver.

    Ces réflexions me semblent donc un peu trop empreintes de dualisme (c’est normal, cela fait parti de notre culture). De mon point de vu l’une des cultures les plus intéressante à étudier pour en sortir est le taoisme.
    Culture/religion décrivant le mouvement de la vie comme une succetion de flux et de reflux et Identifiant des forces entagonisme comme également complémentaires.

    Ainsi si l’on conçoit notre société comme un écosystème, l’interaction et l’exercice de dialectique entre groupes et individus aux idées antagonistes permet à ce mouvement d’exister.

    Reste à lutter contre l’égo qui empèche de mettre de l’eau dans son vin et emprisonne chacun d’entre nous dans une posture et des tabous.

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